Commémoration du 11 novembre : se souvenir et transmettre

02 novembre 2026
Événement

Ce dimanche 1er novembre, la commune du Lauzet-Ubaye s'est rassemblée au cimetière d'Ubaye, au bord du lac de Serre-Ponçon, pour célébrer le 108e anniversaire de l'Armistice du 11 novembre 1918.

Cette cérémonie solennelle s'est déroulée en présence de M. Pierre-Henri Vray, sous-préfet de Barcelonnette, ainsi que des maires des communes voisines solidaires de cette démarche mémorielle : Georges Gambaudo (Maire de Pontis), Alain Bonhomme (Maire du Sauze-du-Lac) et Jean-Michel Tron (Maire d'Ubaye Serre-Ponçon). Leur présence nous fait grandement honneur.

L'équipe municipale du Lauzet-Ubaye salue chaleureusement l'ensemble des participants. L'événement a ainsi rassemblé les associations d'anciens combattants et leurs porte-drapeaux, une belle délégation de sapeurs-pompiers, les gendarmes, ainsi que de nombreux habitants, descendants de familles et fidèles du village.

Un moment fort, placé sous le signe du double hommage aux soldats disparus et à la mémoire du village englouti d'Ubaye.


Le discours officiel prononcé par Mme le Maire, Agnès Pignatel :

Retrouvez ci-dessous l'intégralité du discours prononcé lors de la cérémonie :

Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs les représentants des associations d'anciens combattants et porte-drapeaux,
Madame et Messieurs les pompiers,
Messieurs les gendarmes,
Chers descendants des familles d'Ubaye,
Mesdames et Messieurs, chers amis,

Merci d'être venus si nombreux, en ce matin de Toussaint, au bord de ce lac, pour célébrer avec quelques jours d'avance le 108e anniversaire de l'Armistice du 11 novembre 1918.

Nous ne sommes pas ici devant un monument aux morts comme les autres. Nous sommes devant le monument d'un village qui, lui aussi, a disparu.

Le 11 Novembre : se souvenir de ceux qui ne sont pas revenus.

Le 11 novembre 1918, à onze heures, les clairons ont sonné le cessez-le-feu sur tout le front. Après plus de quatre années de guerre, près d'un million quatre cent mille soldats français ne rentreraient jamais chez eux.

Dans nos vallées de montagne, chaque famille, ou presque, a été touchée. Des jeunes hommes d'Ubaye sont partis de ces terrasses ensoleillées, de ces champs, de ces vergers, de cet ancien village que l'on surnommait le « Petit Nice ». Ils sont partis pour Verdun, pour la Somme, pour le Chemin des Dames. Ils ne sont pas revenus.

Puis vint la Seconde Guerre mondiale, et à nouveau des noms se sont ajoutés sur la pierre. Ces noms, nous allons les prononcer dans un instant. Ils sont gravés sur ce monument qui se dresse au cœur du cimetière, parce que la Nation a promis de ne jamais les oublier.

Ubaye : des morts deux fois arrachés à leur village.

Mais ici, à Ubaye, la mémoire a une épaisseur particulière. En 1959, pour bâtir le barrage de Serre-Ponçon, pour protéger la Provence des crues de la Durance, pour irriguer ses terres et l'éclairer, le village d'Ubaye a été sacrifié. Le 16 mai 1959, la commune a été dissoute et rattachée au Lauzet. En juillet, le village était rasé.

Plus de soixante-cinq maisons démolies, environ cent cinquante habitants contraints de partir, le clocher abattu. Le 16 novembre 1959, les vannes se fermaient, et l'eau a lentement recouvert les rues, la place, l'école, le lavoir.

Les habitants n'ont pas pu sauver leurs maisons. Mais ils ont refusé que leurs morts soient engloutis. Alors, pierre par pierre, ils ont remonté leur cimetière trois cents mètres plus haut, là où nous nous trouvons ce matin. Et avec lui, ils ont sauvé leur monument aux morts.

On a souvent dit que les morts d'Ubaye étaient morts deux fois : une première fois sur les champs de bataille, une seconde fois lorsque leur village a disparu sous les eaux. Je crois au contraire que ce geste des habitants de 1959 leur a offert une seconde vie : celle du souvenir. Ce monument est le dernier témoin debout d'un village qui n'existe plus, et c'est pour cela que nous avons le devoir de le faire vivre.

Un lieu du souvenir qui se transforme.

Et justement, ce lieu va changer de visage.

Le Syndicat mixte d'aménagement et de développement de Serre-Ponçon, le SMADESEP, en lien avec la commune du Lauzet-Ubaye, a engagé un projet de mise en valeur paysagère et patrimoniale de l'ancien village d'Ubaye. Il a été conçu par les paysagistes de l'atelier (R)ESPIRE, avec une idée simple : faire de ces rives un véritable lieu de mémoire, accessible à tous.

Une première étape concerne les abords de la chapelle Sainte-Marie-Madeleine, construite en 1960 par l'architecte Achille de Panaskhet pour remplacer l'église engloutie, et ceux du cimetière où nous sommes. Une seconde étape, déjà financée, ira plus loin encore. Comme à Savines, où une œuvre symbolise depuis 2021 une porte entre le passé et le présent, Ubaye aura de nouveau un repère visible de tous, en toute saison.

Ce projet a besoin de vous. Les anciens habitants, leurs enfants, leurs petits-enfants sont invités à confier leurs souvenirs, leurs photographies, leurs récits. Ce sont eux qui donneront une âme à ces panneaux et à ce parcours.

Conclusion.

Mesdames et Messieurs, se souvenir n'est pas regarder en arrière avec nostalgie. Se souvenir, c'est transmettre.

Transmettre à nos enfants que la paix dont nous jouissons a été payée du sang de jeunes hommes qui avaient leur âge, ou à peine plus. Transmettre aussi que derrière les grands ouvrages, derrière ce lac magnifique que viennent admirer des milliers de visiteurs chaque été, il y a eu des familles, des déchirements, des adieux.

Demain, quand un promeneur suivra le nouveau sentier, quand un enfant lèvera son téléphone pour voir réapparaître le clocher d'Ubaye, quand un visiteur s'arrêtera devant ce monument, ils sauront. Ils sauront qu'ici vivait un village, et que ce village a donné ses fils à la France.

C'est cela, le sens de notre présence ce matin.

Vive la paix, vive la République, et vive la France.

Infos pratiques

Mairie du Lauzet-Ubaye

04 92 85 51 27

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